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Mission archéologique de Baelo Claudia (Tarifa) (Espagne)

Les vestiges de l’agglomération hispano-romaine de Baelo claudia sont situés au cœur du détroit de Gibraltar, sur le territoire de la commune actuelle de Tarifa (Cadix, Andalousie) (fig. 1).

Les recherches conduites dans le cadre de la mission archéologique s’inscrivent dans la longue tradition des travaux initiés en 1917 par Pierre Paris (1859 -AIBL 1920 - 1931) et poursuivis depuis, notamment sur le centre monumental, par l’École des Hautes Études hispaniques de la Casa de Velázquez. Les fouilles archéologiques menées sur le centre monumental ont repris en 2012 dans le cadre d’un programme de recherche pluriannuel de la Casa de Velázquez, développé en collaboration avec le Conjunto arqueológico de Baelo Claudia, ainsi que les universités de La Rochelle, Lille, Poitiers et Séville. Elles associent également l’Institut de Recherche en Architecture antique. Depuis 2016, elles bénéficient du soutien du ministère des Affaires étrangères.

Histoire de Baelo Claudia

La ville de Baelo Claudia fut fondée au IIe siècle av. J.-C., mais les plus anciennes constructions connues datent de l’époque augustéenne. Elle couvrait une dizaine d’hectares. À l’intérieur d’un rempart dont le tracé est parfaitement conservé, les restes de son centre monumental, de son théâtre, de thermes et d’un important quartier de fabriques de salaisons sont les principaux vestiges visibles aujourd’hui. Cette petite cité stipendiaire de Bétique obtint, vraisemblablement sous le règne de Claude, le statut privilégié de municipe romain. À partir de cette date, la ville fut dotée d’une nouvelle parure monumentale. Elle doit son développement à son activité portuaire et à la production des salaisons de poissons. Entre les IIe et IIIe siècles, des traces de ruines des édifices antérieurs, probablement liées à un séisme, ont été constatées. La ville se transforme alors mais ne disparaît pas. L’occupation se maintient longtemps après la fin de l’administration provinciale romaine en Hispanie, jusqu’au cœur de la période wisigothique, à la fin du VIe siècle voire au début du VIIe siècle ap. J.-C., époque où elle est définitivement abandonnée.

Objectifs de la mission

Le secteur d’étude actuel se situe au cœur de la ville, sur la marge orientale de l’îlot du forum, dans un espace de transition entre l’espace public, marqué par un énigmatique monument du sud-est qui était encore inexploré, et les quartiers d’habitats, repérés dans les années 1970 par le dégagement très partiel d’une grande domus. Les objectifs de la mission étaient de caractériser et restituer l’architecture, la chronologie et la fonction des édifices de ce secteur qui posent des questions complexes de rapports entre architectures publique et privée, et conduisent à s’interroger sur le statut du sol et de son évolution. Une attention toute particulière devait être portée aux transformations apparues au cours de l’Antiquité tardive, tant cette phase de l’histoire de la ville reste encore obscure. Afin d’obtenir la vision la plus complète possible de l’histoire de son occupation, les analyses stratigraphiques et architecturales classiques sont complétées par une étude pluridisciplinaire incluant l’étude des artéfacts matériels (épigraphie, numismatique, céramologie…) mais aussi organiques (archéozoologie, carpologie, anthracologie, paléoparasitologie) (fig. 6). Ces études permettent d’enrichir nos connaissances sur les modes de vie et l’économie de cette région dans l’Antiquité.

Premiers résultats

Depuis 2012, les travaux de la mission ont permis de mettre au jour plusieurs édifices successifs. Sur les ruines d’une grande domus, peut-être construite dès l’époque augustéenne, un édifice monumental a été construit entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle (fig. 2).

Il s’agit d’un édifice unique à ce jour à Baelo par sa forme et par la richesse de sa décoration. Il s’organisait autour de deux espaces (fig.3 et 4) : un atrium au centre duquel sont conservés les vestiges d’un autel ; à l’est de l’atrium, une grande salle pavée d’un opus sectile polychrome : ses murs périphériques étaient pourvus de niches dans lesquelles était exposé un groupe statuaire). Ce plan, qui présente des similitudes avec l’Augusteum de Narona (Croatie) ou encore la salle des augustales de Luni (Italie), laisse penser qu’il pouvait s’agir d’un édifice lié au culte impérial.

Après l’abandon de l’édifice vers la fin du IVe siècle, le secteur est occupé entre les Ve et VIe siècle, par des structures domestiques, construites à l’aide de matériaux de remploi et en adobe, en appui sur les murs encore en élévation de l’édifice précédent (fig. 3). Malgré leur technique de construction sommaire, le plan de ces structures obéit à des traditions architecturales insoupçonnées à ce jour. Paradoxalement, les découvertes matérielles réalisées dans ces niveaux de l’époque tardive traduisent un dynamisme démographique et économique de l’agglomération à cette période, probablement encore lié à l’exploitation des ressources halieutiques.

Perspectives

Pour les années 2018 et 2019, la mission a pour objectif de terminer l’étude du secteur actuellement analysé (fig. 5 et 6).

Les travaux seront consacrés à la fouille et au relevé des dernières salles encore inexplorées de la grande domus, à la réalisation de sondages sous ses sols afin de fixer la chronologie de sa construction, et à la fouille du puits du péristyle. Cette opération sera assurée en collaboration avec la Société d’Archéologie préventive Hades. D’autres sondages doivent également être réalisés dans le monument et les boutiques méridionales afin de préciser leur chronologie et leur architecture, avant la construction de l’édifice monumental. Parallèlement à cela, ces deux années seront consacrées à l’achèvement des études des artéfacts archéologiques recueillis ainsi qu’à celui des relevés et des restitutions architecturales. L’accomplissement de ces derniers travaux permettra d’envisager la publication prochaine d’une monographie consacrée aux découvertes réalisées par la mission dans ce secteur qui éclairent d’un jour nouveau l’histoire de la ville et celle de la province de Bétique.

Laurent Brassous , maître de conférences en histoire ancienne de l’Université de La Rochelle, membre du laboratoire LIENSs, UMR 7266, Université de La Rochelle/CNRS.


Lien complémentaire :

Bibliographie :

  • L. Brassous, X. Deru, O. Rodriguez, A. Dananai, S. Dienst, J.-M. Doyen, G. Florent, M. Gomes, S. Lemaître, Chr. Louvion, T. Oueslati, S. Renard, 2017, « Baelo Claudia dans l’Antiquité tardive : l’occupation du secteur sud-est du forum de Baelo claudia entre les IIIe et VIe siècle », Mélanges de la Casa de Velázquez 47/1, p. 167-200. [https://journals.openedition.org/mc…]
  • L. Brassous, 2017, « Les transformations de la ville de Baelo Claudia à partir de la fin du Haut-Empire », in Oppida Labentia. Tranformaciones, cambios y alteración en las ciudades hispanas entre el siglo II y la tardoantigüedad, J. A. Pintado éd., Uned Pamplona, p. 489-511. [https://www.unav.edu/publicaciones/…]
  • A. Caballos Rufino, O. Rodríguez Gutiérrez, L. Brassous, 2018, « Aes collectaneus : fragmentos de bronces jurídicos procedentes del foro de Baelo Claudia ». Archivo español de Arqueología, Consejo superior de Investigaciones científicas 91, p. 39-54. [http://aespa.revistas.csic.es/index…]
  • X. Deru, G. Florent, M. Gomes, S. Lemaître, S. Renard avec la collaboration de L. Brassous, O. Rodríguez, 2018, « La céramique des horizons tardifs du secteur sud-est du forum de Baelo Claudia », in Rei Cretariae Romanae Favtorvm Acta 45.

Légendes des illustrations :

  • Fig. 1. – Vue générale du site de Baelo Claudia. Au premier plan, le secteur sud-est du forum, lieu de l’intervention actuelle de la mission (cl. Ph. Bence).
  • Fig. 2.- Vue zénithale du secteur en cours de fouilles (Ph. Bence).
  • Fig. 3. – Restitution planimétrique des édifices antiques découverts dans le secteur sud-est du forum : à gauche, la « grande domus » (bleu) et l’édifice monumental (rouge) du Haut Empire ; à droite, les occupations domestiques tardives des Ve et VIe siècles (jaune) [DAO Chr. Louvion/L. Brassous].
  • Fig. 4. – Restitution axonométrique de l’édifice monumental (S. Dubourg, IRAA).
  • Fig. 5. – Formation des étudiants à la fouille stratigraphique et à l’étude du bâti (Cl. Ph. Bence).
  • Fig. 6 – Œuf d’Ascaris sp. de type « décortiqué », parasite des hommes et des troupeaux découvert dans les niveaux de l’Antiquité tardive à Baelo (cl. K. Roche ; 68 x 49 µm, x400, en coupe) (en construction).
  • Vidéo : Le secteur sud-est du forum de Baelo claudia en cours de fouilles (images Ph. Bence).


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