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Mission archéologique « Caucase »

Depuis sa création en 1997 par Christine Chataigner, la « Mission Archéologique Caucase » du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a pour objectif d’étudier les cultures qui se sont développées en Arménie entre le Paléolithique et le début du Bronze ancien, dans la partie méridionale de l’isthme du Caucase. Ces vingt années de recherches ininterrompues ont permis de découvrir plusieurs sites témoignant de cultures inconnues jusqu’alors : l’Épigravettien de Kalavan-1 (nord du lac Sevan), le Mésolithique de Kmlo (flanc est de l’Aragats), le Néolithique récent d’Aratashen et d’Aknashen (plaine de l’Ararat), les variantes Chalcolithiques de Tsaghkahovit (nord de l’Aragats), de Getahovit (vallée de l’Aghstev) et de Godedzor (sud-est du Petit Caucase)./p>

En 2015, Bérengère Perello a repris la direction de la mission et défini un nouveau programme qui s’inscrit dans la continuité des programmes antérieurs, par la poursuite des partenariats, par l’approche diachronique et multi-sites (maintien de missions sur différentes époques en différents points du territoire) et par la démarche résolument interdisciplinaire. En revanche, la fourchette chronologique a été recentrée sur une période allant du Néolithique à la fin du Bronze récent (VIe-IIe millénaires av. n. è.), en raison des résultats très prometteurs obtenus par la mission sur ces périodes. Marquées par d’importants développements (néolithisation, expansion de la culture Kura-Araxe, mutation socio-économique du Bronze moyen, notamment), ces périodes ne sont encore connues que de manière très fragmentaire en Arménie, en comparaison du reste de la Transcaucasie (Géorgie, Azerbaïdjan).

Trois principaux enjeux structurent notre mission.

Il s’agit, tout d’abord, de cerner les modalités d’émergence du Néolithique dans le bassin de l’Araxe en Arménie (néolithisation primaire ou phénomène de diffusion ?) et de préciser ainsi les spécificités de ce Néolithique Arménien (culture d’Aratashen) par rapport à la culture apparentée qui s’est développée à même époque dans le bassin de la Kura, en Géorgie et en Azerbaïdjan (culture de Shulaveri-Shomutepe) (terrain d’étude 2018-2019 : site d’Aknashen-Khatunarkh, Arménie).

La mission cherche également à faire comprendre les causes de la transition brutale qui s’est produite vers la fin du IIIe millénaire avec l’avènement du Bronze moyen, marqué par un abandon généralisé des villages sédentaires, une nette hiérarchisation de la société entraînant l’inhumation de quelques individus dans des kourgans de taille imposante au riche mobilier funéraire, une diversification régionale des productions céramiques traduisant une multiplication des groupes culturels… (terrains d’étude 2018-2019 : les Agrégats Cellulaires du massif de l’Aragats (Arteni et Karakert), Arménie ; les Kourgans de Zvéli, Géorgie).

Enfin, la mission Archéologique Caucase vise à préciser la dynamique des systèmes de peuplement et à produire des modèles d’occupation du territoire arménien au cours des cinq millénaires concernés. Il s’agit principalement de définir les formes d’habitat et leur évolution depuis les premiers établissements sédentaires jusqu’à la fin du Bronze récent (terrains d’étude 2018-2019 : prospections dans la plaine de l’Ararat et la région du Tavush).

L’Arménie étant une zone de convergence et d’échanges pour des influences venues du nord (bassin de la Kura et rives de la mer Noire), de l’est (steppes d’Azerbaïdjan et monde iranien), du sud (bassin du Tigre et Mésopotamie) et de l’ouest (hautes terres d’Anatolie orientale), la mission vise également à mieux comprendre les interactions qui ont pu exister au cours de la Préhistoire entre le territoire arménien et les régions qui l’entourent. Cet axe de recherche nécessite une approche multiscalaire couvrant des investigations à l’échelle du site d’habitat (Aknashen) puis à l’échelle régionale (plaine de l’Ararat) et interrégionale (Sud Caucase, Proche-Orient).

Dans le cadre de ces recherches sur les interactions entre l’Arménie et les régions voisines, une attention particulière est portée aux relations avec la Géorgie où nous travaillons depuis 2011. Nous souhaitons poursuivre ces recherches par le lancement en 2018, d’une nouvelle opération dans la région de Samtskhé-Djavakhetie (sud de la Géorgie), une région largement méconnue, alors qu’elle se révèle comme un laboratoire privilégié pour observer les interactions entre Arménie et Géorgie.

En outre, la mission travaille à reconstituer l’évolution de l’environnement tout au long de l’Holocène et à comprendre les dynamiques d’interactions Homme-milieu. Nos travaux visent à mesurer l’impact des changements climatiques et des catastrophes naturelles (tremblements de terre, éruptions, inondations) sur l’organisation et l’évolution des sociétés préhistoriques et à évaluer l’impact des actions des sociétés sur leur environnement depuis le début de la Néolithisation, c’est à dire l’émergence des sociétés agropastorales à la fin du VIIe millénaire av. notre ère dans le Sud du Caucase (déforestation pour les mises en culture, surexploitation des terres, perturbations de l’environnement créées par l’irrigation, etc.). Ce volet paléoenvironnemental a pu être approfondi de manière significative depuis 2015 dans le cadre du Laboratoire International Associé France-Arménie NHASA «  Natural Hazards and Adaptation Strategies in Armenia, from 10 000 BC onwards » (« Risques environnementaux et stratégies d’adaptation en Arménie, de 10 000 BC à aujourd’hui »). Ce « laboratoire sans mur » entre la France et l’Arménie (codirigé par Kh. Meliksetian et R. Badalyan coté Arménien et B. Perello et P. Lombard, côté français) repose sur une large équipe interdisciplinaire à la croisée des sciences de l’Homme, de la terre et de l’Environnement. L’enjeu majeur est d’établir la complexité des interactions Homme/Milieu, en retraçant les dynamiques socio-environnementales au cours de l’Holocène sur le territoire de l’Arménie.

La « Mission archéologique Caucase » repose depuis sa création sur une collaboration étroite avec les Instituts d’Archéologie et de Géologie d’Érevan (Académie des Sciences d’Arménie).

Elle s’attache à la sauvegarde du patrimoine arménien et au développement de la recherche archéologique dans ce pays, notamment par la formation de jeunes chercheurs arméniens aux disciplines les plus pointues (archéozoologie, palynologie, etc) et aux nouvelles méthodologies (géomatique, photogrammétrie, etc).


Pour plus de renseignements sur la mission voir :

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