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Programme « Pétra » (Jordanie) : Laurent Tholbecq



La mission archéologique française de Pétra, qui bénéficie de l’appui du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, s’emploie à étudier les espaces religieux de la capitale nabatéenne. Elle a développé ses programmes autour du Qasr al-Bint, principal temple de la capitale nabatéenne et pôle d’articulation urbanistique majeur du centre urbain. Elle s’inscrit ainsi dans la lignée d’une longue tradition de recherche française à Pétra, remontant aux premières explorations du site par L. de Laborde et L. M. Linant de Bellefonds (1828) et aux travaux épigraphiques des pères M. J. Lagrange, R. Savignac, J. Starcky et J. T. Milik, récemment relayés par la publication par L. Nehmé d’un Atlas archéologique et épigraphique de Pétra (t. 1, Paris, 2012). Par sa situation au cœur de la ville antique et la conservation de la totalité de son élévation, le Qasr al-Bint constitue, à côté de la Khazneh, l’un des bâtiments les plus emblématiques de Pétra. Les travaux de dégagement, débutés par nos collègues britanniques dès l’époque mandataire, se sont poursuivis à partir de 1979 sous la direction de Fawzi Zayadine. En raison des liens historiques développés entre ce grand savant jordanien et l’Institut français de Beyrouth, une étroite collaboration fut engagée avec les Antiquités du royaume dès l’ouverture par Ernest Will à Amman d’une antenne de l’Institut français du Proche-Orient (1977). Ces travaux de longue haleine furent couronnés par la publication en 2003 à Paris d’une monographie grand format par F. Zayadine, Fr. Larché et J. Dentzer-Feydy, Le Qasr al-Bint de Pétra, l’architecture, le décor, la chronologie et les dieux.

Si les premiers travaux ont porté sur le bâtiment proprement dit, le volet archéologique activement soutenu par Jean-Marie Dentzer et placé depuis 2000 sous la responsabilité de Christian Augé et de François Renel a livré des résultats fondamentaux à la fois sur le bâtiment cultuel (chronologie longue, autels monumentaux) et sur son environnement construit (téménos partiellement dégagé durant le mandat britannique, Propylées et « Bâtiment B »), livrant une séquence inattendue d’un millénaire d’occupation dans ce qui constitue le cœur de l’établissement urbain de Pétra. En particulier, la découverte d’un monument impérial à abside, abritant des représentations colossales de Marc Aurèle et de Lucius Verus, livre aujourd’hui un jalon fondamental de l’histoire de l’architecture d’époque impériale en Provincia Arabia (Fig. 1a, 1b, 1c).



La collaboration d’architectes et d’archéologues hautement spécialisés et très expérimentés, ayant exercé leur compétence sur d’autres chantiers prestigieux de France et du Proche-Orient, ainsi que le recours désormais indispensable aux analyses de laboratoire et aux nouvelles technologiques d’acquisition des données, inscrivent ces travaux dans la longue tradition reconnue à la France dans le domaine des études nabatéennes.
En raison de l’inscription de la ville dans un environnement montagneux, les sanctuaires de Pétra présentent une distribution significative dans un espace urbain élargi à diverses périphéries et partant une hiérarchisation marquée entre espaces publics et espaces privés. Ils comprennent ainsi, à côté des sanctuaires urbains comme le Qasr al-Bint ou le temple anonyme dit aux lions ailés, quantité de petits sanctuaires périphériques de nature diverse (présentoirs à bétyles, oratoires, lieux de réunion d’associations), qu’il s’agit de caractériser. Outre une mise en perspective spatiale qui permet de relier les sanctuaires disséminés aux diverses tribus qui composaient la société pétréenne, cette exploration renouvelée des sanctuaires périphériques est justifiée par l’obsolescence des croquis de G. Dalman à qui l’on doit la première étude globale des sanctuaires de la ville (1908).
Un premier projet de la Mission archéologique française de Pétra a porté sur la « Chapelle d’Obodas », un sanctuaire tribal de la périphérie, fouillé en 2001 par L. Nehmé puis jusqu’en 2013 sous la direction de L. Tholbecq (Fig. 2a et 2b).


Ces travaux ont abouti à la découverte d’un espace religieux et de réunion tribal qui a connu des développements structurels importants (trois phases majeures nabatéennes reconnues, dès le milieu du 2e s. av. n.è.), avant l’annexion du royaume nabatéen par Rome et la création de la Provincia Arabia en 106 de notre ère. Cette recherche a justifié l’exploration en 2010 du sommet du Jabal Numayr, un sanctuaire de « haut lieu » topographiquement lié à la « Chapelle d’Obodas ». Cette ouverture à la problématique des sanctuaires de haut lieu a amené la mission française à débuter, en octobre 2012, en collaboration avec la mission archéologique belge de Pétra, une exploration systématique du sommet du Jabal Khubthah. Celle-ci est à l’origine de découvertes inattendues : un môtab, présentoir à bétyle construit et inédit, une plateforme (temple ?) liée à un stibadium rupestre et surtout un spectaculaire et bien inattendu complexe thermal de hauteur (Fig. 3).

En octobre 2014, cette exploration s’est prolongée par le relevé d’un sanctuaire extra urbain, situé au Wadi Sabra, à la lisière méridionale de la ville. Ces études, qui se poursuivront par deux campagnes programmées pour mai et octobre 2016, permettent donc de déployer un nouveau modèle analytique des sanctuaires de la capitale nabatéenne et, partant, de proposer une lecture spatiale renouvelée de l’ensemble des espaces religieux de Pétra.

Laurent Tholbecq
Directeur de la mission archéologique française de Pétra
UMR 7041 ArScAn, Équipe APOHR (Nanterre)
Université libre de Bruxelles (ULB)


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Légende des figures

  • Fig. 1a : Pétra, téménos du Qasr al-Bint : élévations est et ouest du monument impérial à abside (C. March, L. Borel)
  • Fig. 1b et 1c : Pétra, téménos du Qasr al-Bint : élévations est et ouest du monument impérial à abside (C. March, L. Borel). Détails.
  • Fig. 2a : Pétra, le triclinium rupestre d’Obodas le dieu (20 ap. J.-C.), après la fouille de 2013 (N. Paridaens)
  • Fig. 2b : Pétra, le triclinium rupestre d’Obodas le dieu (20 ap. J.-C.), après la fouille de 2013 (N. Paridaens). Détail.
  • Fig. 3 : Le centre-ville de Pétra, depuis les bains du Jabal Khubthah, en mai 2015 (Th. Fournet)


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