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Programme « Péten Norte » : Naachtun (Guatemala).



Le site de Naachtun se trouve au cœur des Basses Terres mayas, dans le Nord du Petén guatémaltèque, dans une région (celle de Mirador) dominée par les grands sites préclassiques (800 av.-150 apr. J.-C.) avec lesquels Naachtun partage un même environnement marqué par la présence de vastes étendues marécageuses au sein d’un plateau karstique. Le cœur politique de la cité concentre, sur une cinquantaine d’hectares, tous les édifices et espaces publics : temples, pyramides, palais et autres édifices administratifs organisés autour de vastes places centrales. Cet épicentre est entouré d’une zone résidentielle de plus de 150 ha, abritant plus de 600 structures d’habitat et délimitée au sud par un second marécage. C’est dans cette vaste zone, où alternent unités résidentielles organisées en patios et micro-parcelles cultivées, que résidait une bonne partie de la population de la cité, en plus de l’élite qui vivait, elle, aux abords des grandes places publiques.
Le premier intérêt du site réside dans le fait qu’il abrite l’une des rares capitales de la région à la période classique (250-950 apr. J.-C.), comme en témoignent les nombreuses stèles (66 monuments) retrouvées sur place et datant de cette période. Par ailleurs, la localisation de la cité entre Calakmul et Tikal, les deux principales capitales de la période, et son apparente prospérité sur une longue durée font de Naachtun un objet d’étude incontournable si l’on veut comprendre les dynamiques géopolitiques des Basses Terres centrales et le rôle qu’il a pu jouer dans les conflits qui ont opposé Calakmul et Tikal.

Initié en 2010, le projet Naachtun (2010-2018) a permis d’établir que la cité avait été le siège du royaume de la Chauve-Souris, un important royaume des Basses Terres centrales mentionné dans de nombreuses cités, qui participa en 378 à la prise de contrôle de la grande Tikal par des troupes venues de la lointaine Teotihuacan. Le projet s’attache donc à comprendre l’histoire, le développement et l’organisation de cette cité selon 4 axes principaux :

  • les processus de fondation de la cité au Classique ancien (250-600 apr. J.-C.) ;
  • les processus d’agglomération au sein de celle-ci, en particulier au Classique récent et final (600-950 apr. J.-C.) ;
  • l’organisation du pouvoir et la rotation des sièges de celui-ci au cours des huit siècles d’occupation de la cité ;
  • les fondements de la prospérité que l’on observe tout au long de son histoire.

Parmi les grands questionnements qui sont développés, on doit aussi signaler la gestion des ressources du milieu naturel (marécage au nord du site, eau, faune, forêt, terres cultivables) et les réponses de ce milieu aux variations climatiques et à l’impact anthropique.

Dans ce projet, de très nombreux spécialistes interviennent au côté des archéologues : lithiciens, iconologues, épigraphistes, topographes, anthropologues physiques et bio-anthropologues, archéozoologues, anthracologues, sédimentologues, géographes, phytolithiciens et restaurateurs. Une part importante est consacrée à la formation puisque pas moins de 6 thèses de doctorat sont en cours, plus une déjà soutenue, lesquelles portent sur différents aspects de la culture matérielle (habitat, population, pratiques funéraires), l’exploitation des ressources (anthracologie) ou la reconstitution des paléo-paysages (pollens, phytolithes).
Si dans la première phase du projet (2010-2014) on s’est attaché à reconstituer le développement et l’organisation de la cité au Classique récent et final (650-1000 apr. J.-C.), en revanche depuis 2015 et l’avènement de la seconde phase (2015-2018), il s’agit de comprendre les processus de formation d’une capitale régionale maya au Classique ancien (250-600 apr. J.-C.), et notamment les processus d’installation de la dynastie royale et les phénomènes d’attraction de la population qui jusque-là vivait dispersée en zone rurale.

En 2016, il s’agira, entre autres, de poursuivre l’analyse du premier siège de pouvoir de la cité — le groupe triadique —, ainsi que l’étude de l’acropole du site : le principal ensemble funéraire royal abritant les dépouilles des dirigeants du Classique ancien. Il s’agira aussi de mieux comprendre le rôle du grand marécage dans l’essor de la cité et les pratique agraires en lien avec les ensembles résidentiels.


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Légende

  • Figure 1 : vue d’une résidence palatiale du Classique récent en fin de fouille (Str. 5O-51, Patio 6, Grupo B). Les résidences de l’élite, bien souvent tripartites, ouvrent sur un patio fermé leur conférant une certaine intimité. La pièce centrale, d’apparat, est généralement équipée d’une large banquette centrale permettant la réception des visiteurs de marque. Ces banquettes expriment au travers de l’architecture le statut social du chef de famille. (©Projet Naachtun).
  • Figure 2 : Reconstitution hypothétique du Groupe Triadique (Groupe C) à partir du relevé topographique et architectural réalisé à la station totale. Daté du début du Classique ancien, cet ensemble architectural qui évoque, avec ses trois temples qui se font face, les trois pierres du foyer, l’axis-mundi des Mayas, constitue l’un des sièges du pouvoir de la dynastie de Naachtun aux environs de 400 apr. J.-C. et symbolise le changement de statut de la cité, qui devient une capitale de région, à la suite de la conquête de la grande Tikal. (Reconstitution C. Gillot/©Projet Naachtun).



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