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Programme « Kota Cina » (Indonésie) : Daniel Perret

Mission archéologique « Kota Cina » (Sumatra, Indonésie).

La recherche archéologique française, soutenue par la Commission Consultative des recherches archéologiques à l’étranger, est présente dans la province de Sumatra-Nord (Indonésie) depuis vingt ans. Après l’étude des sites d’habitat de Barus-Lobu Tua (IXe – XIe siècle EC) et Barus-Bukit Hasang (XIIe – début du XVIe siècle EC) en bordure de l’océan Indien, de Si Pamutung (IXe-XIIIe siècle EC), au centre de l’île, dans la région de Padang Lawas, c’est, depuis 2011, le site de Kota Cina, sur la côte orientale, en bordure du détroit de Malacca, qui fait l’objet d’investigations de la part d’une équipe franco-indonésienne. Aujourd’hui dans la banlieue de Medan, ville de plus de deux millions d’habitants, capitale de la province de Sumatra Nord, il est bordé par la mangrove, à moins de dix kilomètres du port de Belawan.

Prospections et sondages réalisés durant les années 1970 avaient permis de recenser ou de découvrir un certain nombre de vestiges, qu’il s’agisse de structures en briques (huit au total), de sculptures en pierre (notamment deux statues bouddhiques et deux statues hindouistes très probablement importées d’Inde du Sud), d’inscriptions (en particulier des inscriptions chinoises sur feuilles d’or), ainsi qu’un mobilier très abondant (aujourd’hui disparu) et une grande quantité de vestiges organiques. C’est à partir de l’analyse des céramiques importées collectées dans un secteur, ainsi qu’à partir d’analyses radiocarbone réalisées à cette époque, que l’occupation ancienne de Kota Cina est pour l’instant située entre la fin du XIe et la fin du XIIIe ou le début du XIVe siècle EC.
Conscients de la grave menace sur la préservation du site causée par la densification de l’habitat et le développement industriel entre la ville de Medan et son port de Belawan, Daniel Perret, archéologue et historien à l’École française d’Extrême-Orient, et Heddy Surachman, archéologue au Centre National de la Recherche Archéologique d’Indonésie, ont décidé d’y effectuer plusieurs campagnes diagnostiques à partir de 2011, campagnes qui ont conduit, trois années plus tard, au lancement d’un programme archéologique soutenu par la Commission Consultative des recherches archéologiques à l’étranger.

La problématique de ce programme franco-indonésien comprend plusieurs volets : chronologie générale et évolution spatiale de l’occupation ancienne du site ; détermination de l’extension de la zone dense en constructions permanentes, très probablement religieuses ; origine des populations résidentes et leur mode de vie ; étude du régime alimentaire des populations résidentes ; étude des différentes activités menées sur le site (commerce, religion, artisanat) ; nature politique de Kota Cina (entité indépendante ou soumise à une entité de la région) ; identification des réseaux commerciaux asiatiques dans lequel le site est intégré (du Moyen-Orient à la Chine) ; dynamique du paysage.
Au terme de cinq campagnes de fouilles, cinquante et un sondages couvrant une surface de quelque 384 m² ont été fouillés sur ce site dont la superficie est estimée pour l’instant à quelque 30 hectares. Avec ses vestiges de structures en briques, ses nombreux amas coquilliers, plus d’une tonne de tessons de poteries, plus de 43000 tessons de grès et porcelaine, 125 kilogrammes de vestiges de faune et humains, plus de 800 fragments d’objets en métal, plus de 600 monnaies entières ou fragmentaires, plus de 600 fragments de vaisselle de verre, plus de 200 fragments de bois, Kota Cina s’avère, dans l’état actuel des connaissances, le site d’habitat ancien le plus riche de toute la province, si ce n’est de toute l’île de Sumatra, pour la période considérée.

Deux missions sont prévues au cours de l’année 2016. Une mission d’analyse du matériel sera consacrée aux tessons de poteries et aux vestiges de faune et humains collectés lors de la campagne de fouilles 2015. Elle sera suivie d’une campagne de fouilles qui s’intéressera en particulier à la partie nord du site, en bordure d’une zone aujourd’hui lacustre, qui, dans les années 1980, a livré accidentellement des vestiges d’embarcations sud-est asiatiques anciennes. La mission tentera également de préciser les limites est et sud de Kota Cina. Parallèlement, l’étude sur la dynamique du paysage se poursuivra en France par des analyses de divers échantillons.

Aux côtés des deux partenaires principaux, collaborent pour l’instant à ce programme un doctorant de l’université Paris I – Sorbonne, une spécialiste des grès et porcelaines chinoises et d’Asie du Sud-Est du CNRS, un céramologue de l’université de Tours, ainsi qu’un archéo-zoologue de l’INRAP. Sur le terrain, le programme accueille des étudiants en master d’archéologie de l’université d’Indonésie (Jakarta), ainsi que des étudiants en histoire des universités UNIMED et USU de Medan.

Daniel Perret, Directeur d’études (École française d’Extrême-Orient)


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