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Programme « Erbil-Qasr Shemamok » (Iraq) : Maria Grazia Masetti-Rouault


Qasr Shemamok est un vaste site de la province autonome du Kurdistan irakien, proche du cœur de l’antique Assyrie, à environ 25 km au sud-ouest d’Erbil et 20 km au nord-est de l’antique capitale de Kalakh-Nimrud (Fig. 1 a et 1b).

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Il a été reconnu et rapidement exploré pour la première fois par les archéologues du milieu du 19e siècle, l’anglais A.H. Layard et le français V. Place. Une seule campagne de fouille y a été menée en 1932 par l’italien G. Furlani. Des textes cunéiformes trouvés déjà par Layard en ont permis l’identification avec la cité de Kilizu/Kakzu, connue par d’autres archives, attestant de son importance, particulièrement à l’époque néo-assyrienne : la ville était alors une capitale régionale, siège de résidences royales et d’une école scribale renommée. La documentation archéologique permet désormais d’assurer que l’occupation remonte au Chalcolithique, et continue jusqu’à l’époque ottomane.

Le site (Fig. 2), d’environ 70 hectares (surface estimée de la ville intra-muros au Fer II) est constitué d’un tell principal - la citadelle - haut d’une vingtaine de mètres, associé à une importante ville basse, sans doute néo-assyrienne, encore bien visible dans la plaine de la rivière Shiwazor (Fig. 3).


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Au-delà de l’intérêt que présente l’étude de la continuité de l’occupation d’un site fournissant une séquence chronostratigraphique étendue, il faut remarquer que le programme de fouilles que la mission française voudrait y réaliser est peut-être la dernière opportunité d’étudier une grande ville assyrienne presque vierge de toute recherche archéologique de type moderne. Dès 2010, nous avons constitué, grâce au soutien de la Commission des Fouilles du Ministère des Affaires Étrangères français et de la Direction des Antiquités de Bagdad et d’Erbil, une équipe internationale, réunissant des institutions et des chercheurs de nombreux pays (Irak, Angleterre, Espagne, Italie, Pologne, République tchèque, États-Unis, etc.), pour réaliser notre programme de recherche, auquel participent aussi plusieurs doctorants. Les premières missions, à partir de 2011, ont mis en évidence la séquence stratigraphique des premiers niveaux de l’acropole. Les restes d’une installation militaire irakienne, détruite par des bombardements récents, recouvrent des niveaux de constructions importantes d’époque sassanide et parthe, sans caractère résidentiel. Ils recouvrent un niveau d’époque hellénistique, constitué par contre, par un habitat apparemment domestique. Nos travaux ont montré que les phases plus anciennes (âge du Fer II) avaient été lourdement marquées par un grand programme de restructuration de l’urbanisme mis en place par le roi Sennachérib (début 7e s. av. J.-C.), qui avait entouré la citadelle, ainsi que la ville basse, d’un système de double enceinte dont la partie extérieure est encore bien visible dans le paysage. L’ampleur des travaux néo-assyriens dans l’habitat urbain de la citadelle a été confirmée par la découverte d’une grande terrasse en briques crues et d’une rampe d’accès monumentale, en briques cuites et intégrant une inscription de Sennachérib (Fig. 4).

Les fouilles ont aussi montré la grande importance de l’occupation médio-assyrienne (14e-13e s. av. J.-C.) : la découverte, en 2013, des restes d’un palais construit ou restauré par le roi Adad-nirari Ier identifié grâce à un sol couvert de briques inscrites (Fig. 5), ouvre une nouvelle opportunité d’étudier comment le pouvoir assyrien s’est établi dans cette région, qui constituera le noyau territorial de son projet impérial.

La mission a aussi développé un programme de prospections pédestres, géomagnétiques et géomorphologiques dans les environs immédiats du site pour comprendre son évolution est l’impact de sa présence dans le paysage. La continuation de l’étude et du dégagement de plusieurs bâtiments parthes et hellénistiques, dans les deux chantiers principaux de l’acropole, devrait permettre de fouiller ensuite, sur une surface importante, les niveaux plus anciens, néo- et médio-assyriens. Nous comptons développer aussi les recherches sur les occupations de l’âge du bronze, en particulier d’époque mitannienne, dont la présence semble attestée par des textes cunéiformes retrouvés en 2013 et 2014. Si, en 2015, pour des raisons de sécurité, aucune activité de chantier n’a pu avoir lieu, deux missions d’étude ont été réalisées respectivement aux musées archéologiques d’Erbil (étude de la documentation épigraphique cunéiforme) et de Bagdad (recherche et identification du fonds Furlani). Une mission d’étude est prévue au printemps 2016 pour continuer les prospections, tandis que la fouille aura lieu, si les conditions le permettent, à l’automne.

Maria Grazia Masetti-Rouault
Directeur d’études, Chaire de Religions du monde syro-mésopotamien : archéologie et histoire.
École Pratique des Hautes Etudes, Section Sciences Religieuses, Sorbonne, Paris UMR 8167 Orient et Méditerranée - Laboratoire Mondes Sémitiques, CNRS- Ivry sur Seine Labex ResMed, Paris.
Directeur de la Mission archéologique franco-syrienne à Tell Masaïkh (Syrie)
Directeur de la mission archéologique française à Qasr Shemamok - (Kurdistan, Irak)

30, rue Montmartre F-75001 Paris, France
Tel. 0033.6.09877262 // 0033.1.42369042
masetti.rouault@wanadoo.fr


Liens 
Liens complémentaires

Liste des figures (copyright Mission Archéologique Française à Qasr Shemamok)
1a- Vue générale du site de Qasr Shemamok avec en incrustation la carte géographique de situation.
1b- Agrandissement de la carte géographique de situation.
2- Vue aérienne de la citadelle de Qasr Shemamok.
3- Plan du tell, avec la ville basse.
4- La rampe d’accès datée par une inscription du roi Sennachérib.
5- Le sol d’un palais d’Adad-nirari Ier. En incrustation, une des briques inscrites.



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