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Programme « Désert oriental » (Égypte) : Bérangère Redon



La mission française a été créée en 1994 par Hélène Cuvigny (directrice de recherche au CNRS, IRHT, directrice de l’Institut de Papyrologie de Paris-Sorbonne), avec le soutien de l’Institut français d’archéologie orientale et du Ministère des affaires étrangères et du développement international. Pendant une vingtaine d’années, elle a exploré les fortins d’époque romaine qui gardaient les routes reliant le Nil à la mer Rouge, entourée d’une équipe d’archéologues et de papyrologues. Le désert Oriental a en effet la particularité de livrer, grâce à des conditions climatiques favorables, des vestiges exceptionnellement bien préservés, mais aussi un mobilier archéologique et en particulier des ostraca (tessons de poterie inscrits) qui offrent des témoignages inédits sur les conditions de vie dans le désert.
En janvier 2013, la mission du désert Oriental a débuté une nouvelle étape dans ses recherches, pour s’intéresser désormais à l’occupation du désert Oriental à l’époque ptolémaïque (332-30 av. J.-C.). Cette évolution a correspondu à un changement de direction et la mission est désormais conduite par Bérangère Redon (chargée de recherche au CNRS, HiSoMA), historienne et archéologue, spécialiste de la présence grecque en Égypte du VIIe s. av. J.-C. à la fin de l’époque ptolémaïque. Elle s’est associée avec Thomas Faucher (CNRS, IRAMAT-CEB), archéologue, numismate et spécialiste de l’or antique, le quartz aurifère étant, sous le règne des Lagides, intensément exploité dans le désert Oriental. L’équipe comprend en outre une douzaine de chercheurs aux spécialités variées (archéobotaniste, archéologues, archéologues miniers, archéozoologue, céramologues, papyrologues, photographe, spécialiste du SIG).
Depuis sa création, la mission française est une mission itinérante ; l’équipe explore chaque site durant 2, 3 ou 4 campagnes, avant de passer au suivant. Nous avons débuté nos travaux sur l’époque ptolémaïque en 2013 par l’exploration du district minier de Samut. L’or y est exploité depuis au moins le Nouvel Empire (village minier de Samut el-Beda) et deux villages médiévaux (VIIIe-Xe s. apr. J.-C.) ont également été repérés dans la zone. Mais les vestiges les plus nombreux, imposants et bien conservés, datent des débuts de l’époque ptolémaïque (dernier quart du IVe s.-fin du IIIe s. av. J.-C.).
Après une prospection en 2013, les fouilles ont démarré en 2014 ; à ce jour (février 2016), trois campagnes ont eu lieu. Elles ont concerné principalement les deux sites de Samut nord et Bi’r Samut.
Samut nord abrite le site principal de l’exploitation du minerai d’or dans le district au tout début de l’époque ptolémaïque. Autour du filon duquel était extrait le précieux minerai, s’organisaient les activités de concassage et de broyage du quartz, qui ont laissé des vestiges imposants, notamment sous la forme de deux moulins de plus de 10 mètres de diamètre chacun (Fig.1).

L’habitat de la troupe et des mineurs (des prisonniers de guerre et des condamnés d’après un récit d’Agatharchide de Cnide) a également été mis au jour.
Bi’r Samut est un fortin de grande taille (Fig. 2), localisé sur l’ancienne route menant d’Edfou au port de Bérénice et reliant ainsi le Nil à la mer Rouge.

Il est occupé durant la deuxième moitié du IIIe s. av. J.-C., et avait un rôle certain dans le ravitaillement des voyageurs et le contrôle de leur circulation. L’occupation y a été plus longue et sans doute plus intense qu’à Samut nord, et le mobilier archéologique mis au jour est abondant : en particulier, plus de 1300 ostraca (en grec, démotique et araméen) ont été découverts dans les dépotoirs et à l’intérieur du fort. Ils démontrent le caractère mêlé de la population rencontrée à et dans les environs de Bi’r Samut. Le site a vraisemblablement été abandonné dans l’urgence (peut-être à l’occasion de la grande révolte de Thébaïde en 208/7 av. J.-C. ?) et le mobilier laissé sur place est d’une richesse inédite (Fig. 3).


La prochaine campagne de fouille aura lieu à l’hiver 2016/2017. Après la fouille des vestiges du district de Samut, la mission française poursuivra son exploration du désert Oriental à l’époque ptolémaïque ; il s’agit de constituer un corpus de sites suffisamment vaste pour écrire l’histoire de la région et de son exploitation par les Lagides, et pour éclairer son rôle dans les relations entre la Vallée du Nil et la mer Rouge. Plusieurs sites sont envisagés, notamment des sites miniers et les fortins qui s’échelonnent entre Bi’r Samut et Edfou, sur la route qui vient du port de Bérénice : Abou Midrik, El-Kanaïs, Bi’r Abbad. Ils sont bien préservés et leur potentiel archéologique est certain, mais, comme le reste des vestiges du désert Oriental à l’heure actuelle, en grand danger de disparition : la région connaît en effet depuis 2012 une ruée vers l’or moderne et destructrice, donnant à la mission archéologique française un caractère d’urgence.


Pour plus de renseignements sur la mission, voir


Liens complémentaires


Légende des figures

  • Figure 1 : Samut nord, les moulins et, en arrière-plan, le bâtiment 1 (cliché MAFDO, G. Pollin, 2015)
  • Figure 2 : Bi’r Samut, le fort ptolémaïque (cliché MAFDO, B. Redon, 2013)
  • Figure 3 : Bi’r Samut, le matériel céramique de la couche d’abandon de la salle 25 (cliché MAFDO, A. Bülow-Jacobsen, 2015)



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